Que se passe-t-il quand le raisin arrive au chai ?
Il est refroidi, puis trié. Ce sont les deux gestes les plus urgents, et les plus décisifs.
Le raisin arrive parfois chaud. Or la chaleur accélère tout : l’oxydation, le départ des fermentations, la perte des arômes les plus fins. Au Château La Fleur de Boüard, une chambre froide permet d’abaisser la température de la vendange avant qu’elle n’entre en cuve. On gagne ainsi le temps de travailler proprement.
Vient ensuite le tri. Le domaine met en œuvre un tri densimétrique — une technique qui sépare les baies selon leur densité, donc selon leur richesse en sucre et leur état sanitaire. Ce qui flotte n’a pas la même maturité que ce qui coule.

Pourquoi le tri compte-t-il autant ?
Parce que rien de ce qui entre dans la cuve n’en ressort. Une baie verte apportera de la verdeur, une baie abîmée un goût qu’aucun élevage n’effacera. Le tri est le dernier moment où l’on peut encore décider ce qui fera partie du vin.
Au Château La Fleur de Boüard, ce travail commence en amont : la vendange est exclusivement manuelle. Un premier tri se fait donc à la vigne, grappe par grappe, avant même que le raisin n’arrive au chai — ce qui allège d’autant le tri en cave.
C’est aussi le moment le plus ingrat : long, répétitif, souvent nocturne quand on vendange tôt pour profiter de la fraîcheur. Et c’est celui qui distingue le plus nettement les niveaux de qualité d’une appellation à l’autre, et d’un domaine à l’autre à l’intérieur d’une même appellation.
Qu'est-ce que la vinification par gravité ?
Une façon de déplacer le raisin et le vin sans les pomper. Une pompe est brutale : elle triture les baies, déchire les peaux, arrache aux pépins des tanins secs. La gravité, elle, ne fait rien de tout cela.
Le principe est simple mais coûteux en architecture : il faut que chaque étape se trouve plus bas que la précédente. Au domaine, la vendange est montée jusqu’au sommet des cuves par un système gravitaire, et les mouvements de vin se font par un ascenseur que le château présente comme le premier de la rive droite.
Le cuvier lui-même est constitué de 28 cuves tronconiques inversées, décrites par le domaine comme semblant flotter dans l’air. La forme n’est pas décorative : une cuve tronconique inversée offre une large surface de contact entre le jus et le chapeau de marc, ce qui change la façon dont le vin extrait couleur et tanins.
Nos technicités détaillent cette installation.
Pourquoi vinifie-t-on parcelle par parcelle ?
Pour garder le choix jusqu’au bout. Chaque parcelle entre dans sa propre cuve et fermente séparément. On obtient ainsi non pas un vin, mais une trentaine de vins différents, qu’on ne mélangera qu’après avoir goûté chacun d’eux.
C’est ce qui rend possible un assemblage fin : sans cette séparation, une parcelle moyenne dilue une parcelle remarquable, et personne ne s’en aperçoit. Avec elle, on peut écarter, réserver, hiérarchiser. La diversité des sols de nos terroirs n’aurait aucun intérêt si tout finissait dans la même cuve.
Pourquoi le millésime se joue-t-il pendant ces trois semaines ?
Parce que tout le reste est déjà écrit. La météo de l’année a fait son œuvre depuis la taille d’hiver ; le vigneron ne peut plus ni rattraper une sécheresse ni annuler un orage de grêle. Ce qui lui reste en main tient en deux décisions : quand récolter chaque parcelle, et ce qu’il garde.
La date de récolte arbitre entre deux risques opposés. Vendanger tôt préserve la fraîcheur et l’acidité, au risque de tanins encore verts. Vendanger tard donne de la maturité et du volume, au risque d’un vin lourd et d’une acidité tombée. Entre les deux, la fenêtre se compte parfois en jours, et elle n’est pas la même d’un sol argileux à un sol de graves.
C’est pour cela qu’un domaine goûte les raisins parcelle par parcelle pendant les semaines qui précèdent, plutôt que de s’en remettre à une analyse. Un chiffre de sucre ne dit rien de la maturité des pépins ni de celle des peaux — la bouche, elle, le dit. C’est ce travail invisible qui distingue nos cuvées d’un millésime à l’autre.
Que se passe-t-il dans la cuve, jour après jour ?
La fermentation alcoolique, d’abord : les levures transforment le sucre du raisin en alcool. On la suit deux fois par jour en mesurant la densité du jus, qui baisse à mesure que le sucre disparaît. C’est le thermomètre du vinificateur.
Puis la macération : le jus reste au contact des peaux, dont il tire la couleur, les tanins et une bonne part des arômes. Sa durée est un choix, pas une donnée — quelques jours pour un vin de fruit, plusieurs semaines pour un vin de garde.
Pendant tout ce temps, on remonte le jus sur le chapeau de marc pour entretenir cet échange, on contrôle les températures, et l’on protège le vin de l’oxygène. Le domaine utilise pour cela l’inertage des cuves et un générateur d’azote, et maintient ses chais isolés à 14 °C.
Quand le vin quitte-t-il la cuve ?
Après l’écoulage, qui sépare le vin de goutte du marc, ce dernier est pressé — le vin de presse, plus tannique, sera assemblé ou non selon le millésime.
Vient enfin la fermentation malolactique, une seconde fermentation, bactérienne celle-là, qui transforme un acide dur en un acide plus souple. C’est elle qui arrondit le vin. Puis la descente en barrique, et le silence revient dans le chai pour de longs mois.
Combien de temps tout cela dure-t-il ?
Les vendanges elles-mêmes s’étalent sur quelques semaines, en fonction de la maturité de chaque parcelle — on ne récolte pas tout le vignoble le même jour, et c’est précisément l’intérêt du parcellaire. La vinification en cuve occupe ensuite plusieurs semaines, et l’élevage plusieurs mois.
Autrement dit : ce que vous ouvrirez dans cinq ans a commencé par trois semaines très intenses, un automne, dans un bâtiment qui sent le moût.

En résumé
Le raisin est refroidi, trié par densité, puis mis en cuve sans pompe, par gravité, dans l’une des vingt-huit cuves tronconiques inversées du domaine. Chaque parcelle fermente séparément. On suit la densité, on contrôle la température, on protège de l’oxygène. Puis on écoule, on presse, on laisse la malolactique faire son travail, et l’on descend en barrique.
Voir tout cela de ses yeux vaut mieux que le lire. Notre article sur les vendanges touristiques raconte l’expérience côté visiteur, et l’Atelier Masterclass permet de goûter la gamme en comprenant ce qui la sépare.
Nous répondons à vos questions
À quelle période ont lieu les vendanges à Bordeaux ?
Elles commencent généralement à la fin de l’été et se poursuivent en automne, mais la date exacte dépend de la météo de l’année et varie d’une parcelle à l’autre. Aucun millésime ne ressemble au précédent.
Pourquoi certains domaines vendangent-ils la nuit ?
Pour rentrer un raisin frais. Une vendange froide s’oxyde moins et laisse au chai le temps de la trier avant que les fermentations ne démarrent d’elles-mêmes.
Qu'est-ce que la vinification par gravité apporte concrètement ?
Elle évite de pomper le raisin et le vin. Moins de trituration signifie des tanins plus fins et moins d’amertume extraite des pépins.
Qu'est-ce que la fermentation malolactique ?
Une seconde fermentation, d’origine bactérienne, qui transforme l’acide malique — celui de la pomme verte — en acide lactique, plus doux. Elle assouplit le vin.
Peut-on visiter un chai pendant les vendanges ?
C’est la période où le chai est le plus vivant, mais aussi la plus chargée pour les équipes. Mieux vaut vérifier les disponibilités au moment de réserver.





